Séances Cinémolette : Programmation 2026

Que ma volonté soit faite

Vendredi 13 février – 20h30

Ciné-frissons ! Interdit – 12 ans

Film franco-polonais de Julia Kowalski, avec Maria Wróbel, Roxane Mesquida, Wojciech Skibinski

Durée : 1h35

La jeune Nawojka, qui vit avec son père et ses frères dans la ferme familiale, cache un terrible secret : un pouvoir monstrueux, qu’elle pense hérité de sa défunte mère, s’éveille chaque fois qu’elle éprouve du désir. Lorsque Sandra, une femme libre et sulfureuse originaire du coin, revient au village, Nawojka est fascinée et ses pouvoirs se manifestent sans qu’elle ne puisse plus rien contrôler.

Chronique paysanne âpre d’un côté, récit d’initiation satanique de l’autre, Que ma volonté soit faite est une pure expérience sensorielle à l’image rugueuse, accompagnée d’une bande-son qui puise dans le jazz, le doom et le black metal. Le mal suinte dans chaque plan, nous entraînant dans la folie de ses personnages jusqu’à l’embrasement. Voilà un film qui vient des tréfonds de l’âme, réalisé par une cinéaste initiée à la magie noire. Que ma volonté soit faite, deuxième long-métrage de Julia Kowalski fait partie de ces œuvres très personnelles aux références enfouies, aux sous-couches intimes, cinéphiliques. 

L’évangile de la Révolution

Mardi 27 janvier 2026 – 20h30

Documentaire français de François-Xavier Drouet

Durée : 1h55

Le souffle révolutionnaire qu’a connu l’Amérique latine au XXe siècle doit beaucoup à la participation de millions de chrétiens, engagés dans les luttes politiques au nom de leur foi. Portés par la théologie de la libération, ils ont défié les régimes militaires et les oligarchies au péril de leur vie. À rebours de l’idée de la religion comme opium du peuple, le film part à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont cru voir dans la révolution l’avènement du Royaume de Dieu, sur la terre plutôt qu’au ciel.

Voilà un film passionnant, salutaire, qui nous parle d’un temps et d’une Histoire que les moins de… cinquante ans (environ) ne peuvent pas connaître. Une histoire de religion et de politique qu’il est bon de remettre en lumière, car il fut un temps finalement pas si éloigné où, convaincus de l’essence révolutionnaire du christianisme, une grosse poignée de prêtres, curés, femmes et hommes d’Église ont voulu croire en l’avènement du Royaume de Dieu sur la terre plutôt qu’au ciel et pris fait et cause pour « le peuple » contre les oligarques, propriétaires terriens, colons, militaires au pouvoir. C’était dans les années 1960 à 1980, à travers une Amérique Latine alors en proie aux dictatures, du Salvador au Mexique en passant par le Brésil, installées et financées en sous-main par les USA. Si la hiérarchie cléricale, dont l’histoire se confond avec la colonisation et le génocide des indigènes, est viscéralement anticommuniste et soutient les pouvoirs conservateurs, les représentants du bas clergé local (notamment jésuites ou dominicains) et de nombreuses religieuses, au contact de la misère de leurs ouailles, font preuve de plus en plus d’empathie avec les luttes populaires, soutiennent les soulèvements, certains prêtres prenant les armes au sein des guérillas, au nom du message du Christ. Et au grand dam des prélats et du Vatican.

« Le christianisme n’est pas l’opium du peuple, c’est l’opium de la bourgeoisie, qui vient calmer sa mauvaise conscience. » Leonardo Boff, théologien brésilien

L’agent secret

Vendredi 23 janvier 2026 – 20h30

Film brésilien de Kleber Mendonça Filho avec Wagner Moura, Gabriel Leone, Maria Fernanda Cândido

Durée : 2h40 – en VOST – Tout public avec avertissement

Brésil, 1977. Marcelo, un homme d’une quarantaine d’années fuyant un passé trouble, arrive dans la ville de Recife où le carnaval bat son plein. Il vient retrouver son jeune fils et espère y construire une nouvelle vie. Cependant, son projet de renouveau est compromis lorsque les échos de son ancienne vie refont surface.

En se nourrissant de ses souvenirs d’enfance, de l’actualité passée et présente, des recherches qu’il a pu mener, notamment celles effectuées durant sept ans et qui vont aboutir à la réalisation du documentaire Portraits fantômes (2023), Kleber Mendonça Filho compose une œuvre foisonnante et bouillonnante. Une œuvre protéiforme, qui résulte d’une hybridation de nombreux genres et registres : du thriller et du western à la critique politique, au fantastique échevelé et à l’absurde, au carnavalesque et au satirique… Entre cinéma d’auteur et série B, le réalisateur mêle allègrement mythe et réalité.

Ce film a été récompensé au festival de Cannes 2025 du Prix de la mise en scène et du Prix d’interprétation masculine pour Wagner Moura.

Soleil noir

Dimanche 18 janvier 2026 – 16h

Séance spéciale en présence du réalisateur Michel Van Zele et de la chanteuse Michèle Bernard, projection suivie d’un échange, de quelques chansons et d’un apéro grignotte, libre participation aux frais

Documentaire français écrit et réalisé par Michel Van Zele, mis en musique et interprété par Michèle Bernard
Tourné en 16 mm couleur, 1984, produit par FR3 Lyon

Durée : 1h33

À la sortie de la guerre de 1939-1945, « la bataille du charbon » a été un enjeu crucial. Les mineurs ont été à l’avant-garde de ce défi économique. Ils ont répondu à l’appel du gouvernement en « retroussant leurs manches ». Au bout du compte, « ils l’ont eu jusqu’à l’os », selon l’expression de 1948 que cet opéra populaire dénonce à pleine voix.

Soleil noir, c’est une évocation chaleureuse de l’histoire des mineurs, les « gueules noires », toute une génération qui s’est sacrifiée pour la France pour redresser l’économie du pays après la guerre. Entre 1930 et 1970 les mineurs ont répondu à l’appel, ils ont gagné la bataille du charbon, puis on les a laissé crever. Ce film finalisé en 1984 après deux ans d’enquête montre des mineurs tous silicosés (cette silicose qui bétonne les poumons, cette poussière de charbon qui ramollit le cerveau et rend sourd), des extraits de films de propagande gouvernementale ou un effrayant document avec Maurice Thorez qui scande dans un discours : « Produisez, produisez, produisez ! L’intérêt de la classe ouvrière c’est de travailler ! » Soleil noir n’est tendre ni avec les syndicats, ni avec les médecins, ni avec le pouvoir, il a le grand mérite de montrer à la fois la réalité de la vie de mineur et l’emprisonnement des familles dans cet enfer…
Ces témoignages bouleversants sont illustrés par des vues de la mine aujourd’hui, par des films d’archives de la mine d’hier, par des extraits des actualités. Tout cela rythmé par des chansons réalistes qui viennent souligner les temps forts, laisser à l’émotion le temps de s’épanouir. Ces chansons ont été écrites par Michel Van Zele dans une langue simple et poétique, elles ont été mises en musique par Michèle Bernard qui les chante avec beaucoup de fougue. On n’est pas loin des goualantes de jadis, ou des chants révolutionnaires qui poussent spontanément dès que le peuple ouvre la bouche…

Animal Totem

Vendredi 9 janvier 2026 – 20h30

Comédie française de Benoît Delépine avec Samir Guesmi, Olivier Rabourdin, Solène Rigot, Pierre Lottin, Patrick Bouchitey

Durée : 1h29

Darius. Costume impeccable et (donc) valisette de représentant de commerce fixée au poignet, il débarque à l’aéroport de Beauvais (construit en pleine cambrousse à soixante kilomètres de la capitale) pour se rendre jusqu’au quartier affairiste et affairé de la Défense. Il est en mission mais atterrit sans avoir rien à déclarer, même pas carte bleue ni argent liquide… Qu’à cela ne tienne : il ira à pied à travers champs, zones commerciales, forêts et lotissements pavillonnaires. Son chemin est évidemment parsemé de rencontres improbables : une hackeuse anarcho-écologiste, un policier municipal surinvesti dans sa mission qui a vu trop de shérifs de cinéma… Mais surtout, Darius semble savoir parler non pas aux animaux, mais avec eux. Un peu comme Saint-François d’Assise, leur protecteur si l’on en croit les légendes médiévales. Ainsi notre porteur de valise s’entretient-il au fil de son périple avec un cerf, un renard, une chouette, une chenille, une mouche…

« Entre James Bond et Jacques Tati », est-il écrit en exergue sur l’affiche. Le compliment – bien trouvé par un journaliste de La Charente libre – n’est pas usurpé. Mais entre film de genre épuré et burlesque stylisé, Animal totem est probablement aussi, depuis Louise-Michel, le film le plus frontalement radical de son auteur.