Vendredi 8 mai 21h

Film espagnol de Carla Simón, avec Llúcia Garcia, Mitch, Tristán Ulloa
Durée : 1h55 – en VOST – Tout public avec avertissement
Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes… Il va s’agir alors de rassembler les pièces manquantes d’un puzzle familial aussi complexe que douloureux… Les deux parents de Marina sont morts peu après sa naissance, fauchés par le sida, cet invité fatal au grand banquet débridé de la Movida, après la dictature franquiste.
Passé et présent se mêlent dans un récit dense et sensoriel. La jeune actrice Llúcia Garcia porte ce film avec une force et une grâce sidérantes, qui donnent à son personnage une maturité que l’on n’attend pas d’une fille de dix-huit ans qui découvre la lâcheté et la pourriture derrière la façade respectable de la bourgeoisie. Romería est un film sur la quête des origines, sur la famille, ses secrets, ses mensonges, sa veulerie… Mais c’est aussi un film sur le pouvoir des images et de l’imagination, sur la puissance du cinéma et de la fiction pour transcender la réalité en la regardant en face.
Enfin Romería met au jour le hors champ de l’épidémie de SIDA où sont tombés, en Espagne comme en France, des milliers d’usagers de drogue par voie intraveineuse dans les années 1980 et 1990. Des victimes beaucoup moins présentes dans la mémoire collective que celles de la communauté gay qui a su faire de sa visibilité une arme de combat. Pourtant ces femmes et ces hommes se sont aussi battus contre le VIH, dans leurs corps et dans le corps social, au sein de collectifs et de groupes d’auto-support. Faisant avancer les programmes d’échange de seringues et de substitution à l’héroïne, ils et elles ont défendu leurs droits et leur dignité. En les sortant de l’ombre, ce très beau film, le 3ème long métrage de la cinéaste catalane, leur rend hommage.